Rappel Historique...
Ce qui nous a amené au Refuge.
En 1997, l'Association Emmaüs Insertion - Fondation Abbé Pierre, avait lancé un projet innovant : faire un lieu de vie et d'insertion autour de l'animal de compagnie.
Pour cela, nous nous étions mis à la recherche d'un terrain pour construire notre Refuge.
Nous nous sommes rapprochés des Services Vétérinaires de la Préfecture pour qu'ils nous informent des normes de construction, des lois relatives à l'environnement...etc, ceux-ci nous ont donné l'idée de reprendre un Refuge déjà existant.
Nous avions, par l'intermédiaire d'une amie, entendu parler du Refuge de Tabanac et nous avons à nouveau contacté les Services Vétérinaires pour avoir quelques détails sur ce site, les informations ont été les suivantes :
Grand état de saleté, aucune hygiène, aucune norme respectée.
Chiens en très mauvaise santé.
Refuge qui doit fermer ses portes d'ici quelques mois.
Ils tentent de nous dissuader. Devant notre insistance, ils nous informent qu'il faudra mobiliser des moyens financiers très importants.
Notre rencontre avec le Refuge
Nous nous sommes donc rendus sur les lieux. C'était l'hiver, il pleuvait, ce qui n'a rien arrangé à la vision d'horreur.
Mme Boudy, ancienne Présidente, décédée depuis bientôt un an, n'était plus là, chaque jour, pour assurer le minimum d'hygiène et semblait manquer terriblement à la bonne marche du Refuge.
Il y avait plus de rats que de chiens...
La Responsabilité du Refuge avait été confiée à Robert, un monsieur d'une soixantaine d'années, usé par une vie difficile.
A la mort de Mme Boudy, il fallait que les bénévoles sur place élisent un ou une nouvelle Présidente pour que le Refuge ne ferme pas immédiatement parce qu'il aurait perdu sa personnalité juridique. Comme personne ne souhaitait assumer cette Responsabilité, Mme Ferrié, bénévole du dimanche, s'est lancée dans cette aventure.
Le jour de notre visite, nous étions deux : Monsieur Lafargue, Président d'Emmaüs Gironde et moi-même, Chargée de mission à Emmaüs.
Nous avons été très choqués par l'état des chiens et du Refuge. Surtout on n'imaginait pas qu'on puisse laisser un homme vivre dans de telles conditions... et nous n'avions pas tout vu.
En revenant au bureau, nous avons longuement discuté :
N'est-il pas trop risqué de lancer notre projet avec un tel support ?!
Est-il raisonnable d'associer Emmaüs à un lieu ayant connu tant de ragots (et si cela n'étaient pas des ragots ?...)
Il y a beaucoup d'argent à mettre pour redonner une image positive à ce lieu... ne serait-il pas préférable de construire du neuf ?
Que vont-ils devenir si nous ne les aidons pas ? !
Etc
Notre entrée au Refuge
Pour sauver cet homme n'ayant pas d'autre vie que celle du Refuge et pour cette quarantaine de chiens, nous avons décidé de proposer notre soutien au Refuge.
Après avoir parlé de notre projet aux bénévoles sur place et de notre idée de partenariat, nous avons très rapidement intégré le Conseil d'Administration.
Robert, vivait dans une CABANE, seul, ne quittant pas ses bottes à cause des 20 cm d'eau présents dans son unique pièce à vivre. A l'extérieur, une cuvette reposant sur un trou se déversant dans le ruisseau lui servait de toilettes. Plus tard, nous découvrirons un tapis rouge sur l'ensemble du sol de sa pièce : du poison pour dissuader les rats d'entrer. Son matelas, rongés par les bêtes et imbibé d'eau ne pourra même pas être sorti de cette immondice en un seul morceau.
C'est à Monsieur Lafargue, en confiance, et à lui seul, que Robert, surmontant sa honte, a montré sa " maison ". Personne n'y était encore jamais entré.
Ceci a donc précipité les événements. Monsieur Lafargue a trouvé les financements et l'équipe d'ouvriers nécessaires pour rebâtir la maison qui dominait le Refuge et qui avait été envahie par les chats sauvages, les ronces et les rats.
Oui, à quelques mètres de la " cabane " de Robert, il y avait une maison laissée à l'abandon avec 3 chambres.
Notre première priorité a été de mettre Robert " au sec ". Cette opération a coûté 280 000 francs financée par Emmaüs et ABCD.
Dès que Robert a été transféré dans un endroit enfin décent, toute la partie du bas a été complètement réhabilitée : création d'une cuisine entièrement carrelée pour la préparation des repas des chiens, création d'une infirmerie, d'une chambre de gardien et d'un bureau d'accueil. Financement 75 000 francs (Fondation Abbé Pierre).
Les Services Vétérinaires, lors de leur dernière visite, ont pu constater que notre arrivée avait eu des conséquences déterminantes et qu'ils reconnaissaient désormais un avenir au Refuge.
Nous avons, dans la même période, demandé à Bruno, salarié du Refuge, d'accepter un emploi qui lui était proposé dans une autre entreprise. Bruno coûtait au Refuge 80 000 francs par an à lui seul et n'avait plus aucune motivation ; surtout il se permettait d'être désagréable avec Robert et les bénévoles ... A la place, nous avons embauché 4 personnes (dont trois sur des contrats aidés) pour 113 294 francs par an.... Seulement 33 294 francs de plus par an, soit 2 774,5 francs par mois pour 3 personnes supplémentaires.
Le budget nourriture des chiens est passé de 12 909,00 francs en 96 (viande avariée bouillie avec du pain) à 46 057,00 francs en 99 (repas équilibrés conseillés par notre vétérinaire)
Le budget vétérinaire est passé de 9 013,00 francs en 96 (pas de vaccination, pas de tatouage, pas de suivi vétérinaire, pas de stérilisation donc prolifération...) à 27 229 francs en 99 !
Création d'une infirmerie, d'une cuisine, d'un bureau d'accueil.
Aujourd'hui
Aujourd'hui, le Refuge est propre et bien entretenu, tous les chiens sont suivis par un vétérinaire, qui vient sur place, au moins une fois par mois.
Toutes les personnes qui se rendent au Refuge remarquent le changement. Cette nouvelle image a redonné confiance aux personnes qui disaient : " c'est un mouroir ".
Robert, aujourd'hui à la retraite, a trouvé sa place : il fait la cuisine, il fait la lessive pour les personnes hébergées sur place et lorsqu'on lui parle de mettre une personne chargée de l'entretien, il s'y oppose vivement. Pour lui, le fait de s'occuper des autres le rend utile... les hébergés vous diront même qu'il est un véritable cordon bleu.
Robert a dû réapprendre à vivre, après 20 ans passés dans un endroit sordide.
Le Refuge a trouvé en 1999 un équilibre financier et il ne connaît pas de véritables problèmes d'argent, grâce à la fidélité des anciens donateurs et à tous ceux qui nous ont rejoints depuis 3 ans, il ne connaît plus de problèmes au sein de l'équipe des salariés... tout semble aller pour le mieux...
Mail il n'est plus possible de gérer le Refuge comme autrefois, nos partenaires exigeant une " professionnalisation " de la conduite des activités de l'Association, il faudra donc trouver des financements complémentaires.
Nous espérons que chacun puisse trouver sa place dans ce nouveau Refuge et lieu de vie.
La Secrétaire Générale Sophie PIFFETEAU